
Burnout
MON PARCOURS
Je pensais pouvoir continuer
CE QUE JE PENSAIS À L’ÉPOQUE
« Je traverse une période difficile. Je vais gérer. »
CE QUE JE COMPRENDS AUJOURD’HUI
« J’étais déjà en train de dépenser une énergie considérable simplement pour continuer à fonctionner normalement. »
Je pensais pouvoir continuer.
Mon Burnout n’a pas commencé le jour de mon premier arrêt de travail. Il avait commencé bien avant, progressivement, presque silencieusement.
Pendant longtemps, j’ai continué à travailler, gérer les urgences, prendre des responsabilités et chercher des solutions alors que quelque chose se dégradait déjà. Le mot Burnout avait même déjà été posé dans mon suivi médical dès 2023. Pourtant, j’ai continué.
Le 28 novembre 2024, mon premier arrêt de travail a commencé. Mais avec le recul, je comprends aujourd’hui que cette date n’est pas le début de mon histoire.
C’est simplement le moment où continuer comme avant devenait de plus en plus impossible.
Mon corps parlait déjà
C’est probablement l’une des parties de mon histoire que je regarde le plus différemment aujourd’hui.
Ma tête continuait à négocier. Mon corps, lui, ne négociait déjà plus.
Mon sommeil s’était profondément dégradé. Pendant des années, mes nuits étaient fragmentées. Je me réveillais en pensant au travail. Je rêvais de tickets, de bugs, de serveurs, d’incidents. Certaines notifications suffisaient à provoquer une réaction physique immédiate.
Il y avait les palpitations. Les tremblements. La tension permanente. La fatigue qui ne disparaissait plus vraiment. L’irritabilité. Le cœur qui s’emballait. Parfois cette sensation de manquer d’air. Et progressivement, quelque chose s’est également modifié dans ma manière de réfléchir : relire plusieurs fois un mail, perdre le fil, fixer un écran sans réellement comprendre ce que je venais de lire.
Tout cela figure déjà dans le récit que j’écrivais en 2025. J’y avais même formulé cette phrase : « mon corps me criait d’arrêter, mais ma tête me suppliait de continuer ».
Et pourtant, je rationalisais chaque chose séparément. Mauvaise nuit. Trop de café. Fatigue. Stress. Manque de magnésium. Période compliquée.
Pris séparément, chaque signal pouvait trouver une explication. Mis bout à bout, ils racontaient déjà une autre histoire.
Je pensais encore pouvoir tenir
Pendant des années, j’ai été habitué à gérer : les problèmes techniques, les urgences, les demandes, les responsabilités et toutes les situations qui nécessitaient une réponse rapide. Mon périmètre professionnel s’était progressivement élargi : informatique, support, sécurité des systèmes d’information, astreintes, responsabilités de direction…
À force, certaines choses étaient devenues normales : être disponible, répondre lorsqu’il y avait un problème, absorber une charge supplémentaire parce qu’il fallait bien que quelqu’un le fasse, trouver une solution plutôt que dire que la situation devenait difficile. Et surtout : continuer.
Le piège, c’est que je continuais effectivement à fonctionner. J’allais travailler, je participais aux réunions, je répondais, je prenais des décisions, je gérais les problèmes. Vu de l’extérieur, cela pouvait donc donner l’impression que tout allait encore à peu près bien.
Mais fonctionner et aller bien sont deux choses différentes.
Avec le recul, je comprends que je compensais de plus en plus. Je dépensais davantage d’énergie simplement pour continuer à faire ce que je faisais auparavant presque naturellement. Et pourtant, mon réflexe restait le même : « Il faut tenir. Ça va passer. Je vais trouver une solution. »
Aujourd’hui, c’est probablement l’une des choses qui me frappe le plus :
je n’étais pas en train de préparer mon arrêt. J’étais encore en train d’essayer de continuer.
Le Burnout avait déjà un nom
C’est aussi quelque chose qui peut sembler difficile à comprendre aujourd’hui :
Je savais.
Le Burnout avait déjà été évoqué et posé médicalement bien avant mon arrêt de novembre 2024. Mais savoir qu’un problème existe et accepter d’en tirer les conséquences sont deux choses très différentes.
Je me sentais responsable. Responsable de mes équipes, des systèmes, des projets, des problèmes à résoudre. J’avais aussi développé une forme de dette morale envers une entreprise et un dirigeant auxquels j’avais consacré une grande partie de ma vie professionnelle.
S’arrêter ne signifiait donc pas simplement pour moi : « je vais me soigner ».
Cela ressemblait davantage à : « je vais laisser tomber les autres ».
Et tant que je pouvais encore me lever, travailler et résoudre un problème, je trouvais une raison de continuer.
Novembre 2024 : l’alerte devient impossible à ignorer
Le 27 novembre 2024, j’ai adressé un signalement au CSE.
Ce n’était pas une décision prise sur un coup de colère. J’y décrivais ma surcharge, les pressions que je ressentais, l’accumulation de responsabilités, les difficultés que je rencontrais et les conséquences que tout cela commençait à avoir sur mon état. Dans mon livre, je décris ce mail comme un appel à l’aide devenu enfin officiel.
Le lendemain, 28 novembre 2024, mon premier arrêt de travail commence.
Mais même là, quelque chose reste révélateur de mon fonctionnement.
Je voulais encore terminer des choses.
Transmettre.
Préparer.
M’assurer que personne ne serait bloqué.
Dans le récit écrit à l’époque, je raconte même être encore au bureau avec l’arrêt médical en poche, en train de penser aux machines à préparer, aux demandes à terminer et aux problèmes qui resteraient derrière moi. Mon médecin m’avait pourtant averti que continuer ainsi pouvait conduire mon corps à lâcher.
Aujourd’hui, cette scène me paraît presque absurde.
À l’époque, elle me paraissait normale.
Et c’est justement ce qui me semble important à raconter.
CE QUE JE PENSAIS À L’ÉPOQUE
« Je dois juste finir deux ou trois choses avant de m’arrêter. »
CE QUE JE COMPRENDS AUJOURD’HUI
« Le fait même de ne pas parvenir à m’arrêter alors qu’un médecin venait de m’arrêter faisait déjà partie du problème. »
Février 2025 : la rechute
Le 18 février 2025, je suis de nouveau arrêté.
Cette fois, quelque chose change.
Ce n’est plus simplement : « je dois récupérer ».
Je commence progressivement à comprendre que la volonté ne suffira pas.
On peut vouloir reprendre très fort et ne pas être prêt à reprendre.
On peut aimer son métier et être incapable de retourner dans les mêmes conditions.
On peut être compétent et ne plus disposer temporairement des ressources nécessaires pour fonctionner comme auparavant.
Et surtout, on peut essayer sincèrement de revenir… et rechuter.
Mon corps s’arrête.
Mon esprit reste au bureau.
Je pensais qu’un arrêt de travail allait provoquer le silence.
En réalité, le silence extérieur n’a pas immédiatement produit le silence intérieur.
Je pouvais être chez moi et continuer mentalement à travailler. Me réveiller en pensant qu’un incident avait eu lieu. Imaginer un serveur en panne. Penser à une tâche non terminée. Ressentir physiquement l’arrivée d’une notification avant même de savoir ce qu’elle contenait.
Dans mon livre, je l’avais résumé ainsi : mon corps était en arrêt, mais mon esprit était encore au bureau.
C’est aussi à cette période que certains symptômes sont devenus beaucoup plus envahissants : nuits hachées, palpitations, vertiges, sensation de manquer d’air, tremblements, difficultés de concentration, moments où une tâche simple demandait soudain un effort énorme.
Je commençais à comprendre que l’arrêt ne consistait pas simplement à ne plus aller travailler.
Il fallait apprendre à arrêter intérieurement.
Et cela, je ne savais absolument pas comment le faire.
Janvier 2025 : je reviens
Le 21 janvier 2025, j’essaie de reprendre.
Cette reprise avait plusieurs significations pour moi. Je voulais voir si j’étais capable de repartir, mais je voulais également pouvoir avoir un véritable échange avec mon employeur, expliquer ce qui s’était passé et tenter de retrouver un cadre professionnel supportable.
Je n’étais donc pas dans une logique de rupture.
Au contraire.
J’essayais encore de réparer.
Je voulais réduire mon périmètre, revenir à mes fonctions principales, remettre des limites là où elles avaient progressivement disparu.
Et très vite, les automatismes sont revenus : répondre, gérer, remplacer, solutionner, prendre en charge ce qui n’avait pas été anticipé.
Le problème, c’est qu’une reprise du travail n’est pas une preuve de guérison.
Je ne le comprenais pas encore complètement.
CE QUE JE PENSAIS EN JANVIER
« J’ai été arrêté. J’ai récupéré. Je vais repartir. »
CE QUE JE COMPRENDS APRÈS FÉVRIER
« Le temps écoulé depuis un arrêt ne dit pas, à lui seul, si l’on est réellement rétabli. »
Être arrêté ne signifiait pas que tout s’arrêtait
Les mois qui suivent ont aussi été marqués par quelque chose dont on parle finalement assez peu : tout ce qui continue autour de la maladie.
Les rendez-vous médicaux. Les prolongations. Les traitements. Les démarches administratives. Les questions de salaire et de prévoyance. Les courriers. Les échanges professionnels qu’on voudrait éviter mais auxquels on pense malgré tout. L’incertitude sur la reprise. L’impression d’être suspendu entre une vie professionnelle qui continue sans soi et une vie personnelle que l’on n’arrive pas encore à retrouver complètement.
Mon livre montre à quel point j’ai continué à analyser, documenter, écrire et chercher à comprendre pendant cette période. Il montre aussi l’impact sur mon entourage : l’irritabilité, l’hypersensibilité, les changements d’humeur et la culpabilité de voir cette souffrance rejaillir parfois sur ceux qui n’y étaient pour rien.
C’est à cet endroit que je préfère volontairement ne pas détailler ici tous les événements professionnels.
Ils font partie de mon histoire, mais ils auront leur place dans Travail & Pressions.
Ici, l’essentiel est ailleurs : même arrêté, je continuais à apprendre à m’arrêter.
Fin 2025 : une deuxième histoire commence
J’avais déjà un passé cardiaque, mais il était connu et différent. Des années auparavant, j’avais été pris en charge pour une arythmie liée à un syndrome de Wolff-Parkinson-White (WPW). Une ablation avait correctement traité ce problème et je restais simplement surveillé.
Pendant toute la période de mon Burnout, ce n’était donc pas une valvulopathie sévère que je connaissais ou que je pensais avoir. Mon Burnout était bien réel, identifié et pris en charge comme tel. Il avait sa propre histoire, ses propres symptômes, son contexte professionnel et ses conséquences.
Puis, fin 2025, quelque chose de nouveau apparaît : je n’arrive plus à respirer correctement. Cette difficulté devient suffisamment importante pour que je reprenne rendez-vous avec un cardiologue. Avec mon passé cardiaque, je me dis naturellement que cela peut venir du cœur.
Et cette fois, le rendez-vous révèle effectivement autre chose.
Ce n’est pas mon ancien problème de rythme qui revient. Une nouvelle pathologie est découverte : une double valvulopathie sévère, décrite comme stade 4.
À partir de là, une deuxième histoire médicale commence. Une histoire différente du Burnout, qui allait ensuite prendre une place immense dans ma vie.
Deux problèmes différents, certains symptômes qui peuvent se ressembler
Avec le recul, cette découverte m’a forcément poussé à repenser certains symptômes physiques que j’avais ressentis auparavant : fatigue, palpitations, essoufflement, sensation de ne plus récupérer…
Mais je ne veux surtout pas réécrire mon histoire en disant : « finalement, mon Burnout était en réalité un problème cardiaque. »
Ce serait faux par rapport à ce que j’ai vécu.
Le Burnout était là. Le problème cardiaque était là lui aussi, mais je n’en connaissais pas encore la nature ni la gravité.
Et certains symptômes peuvent simplement se ressembler ou se superposer. Une grande fatigue, par exemple, ne raconte pas à elle seule sa cause. Un essoufflement non plus. C’est justement pour cela que le rôle des médecins est essentiel : un symptôme peut avoir plusieurs explications et il ne faut pas tout attribuer automatiquement au stress ou au Burnout.
La découverte de ma valvulopathie n’a donc pas effacé mon parcours de Burnout. Elle a ajouté une nouvelle pièce à une histoire qui était devenue beaucoup plus complexe que je ne l’imaginais.
Ce que cela a changé dans ma manière d’écouter mon corps
Ce parcours m’a surtout appris à ne plus ranger trop rapidement chaque signal dans une case.
Pendant le Burnout, j’avais tendance à tout expliquer : mauvaise nuit, fatigue, stress, période compliquée, trop de travail. Puis, lorsque la difficulté à respirer est devenue importante, j’ai choisi de consulter à nouveau.
Et cette fois, le corps ne me parlait pas du Burnout. Il me signalait autre chose.
C’est probablement la leçon la plus importante que j’en tire aujourd’hui :
Écouter son corps ne signifie pas décider soi-même de ce qu’il a.
Cela signifie prendre au sérieux un changement, consulter, et accepter que la réponse ne soit pas forcément celle que l’on imaginait.
Ce que je comprends aujourd’hui
Si je devais résumer ces années en une phrase, ce serait probablement celle-ci : ma tête disait encore « continue » alors que mon corps envoyait déjà des signes de fatigue, de tension et d’épuisement que je ne savais pas vraiment écouter.
Je ne regrette pas d’avoir été investi. Je ne regrette pas d’avoir aimé mon travail, mes équipes ou les responsabilités que l’on m’avait confiées. Mais je regrette d’avoir parfois confondu engagement et sacrifice, responsabilité et disponibilité permanente, solidité et capacité à tout supporter.
Aujourd’hui, reconstruire ne signifie pas redevenir exactement celui que j’étais avant. Cela signifie apprendre à fonctionner autrement : écouter plus tôt, poser des limites, accepter qu’une pause puisse parfois être une protection et non un abandon.
Et surtout, comprendre quelque chose que j’aurais aimé comprendre bien plus tôt : le corps peut signaler longtemps qu’un équilibre ne tient plus. Mais il ne donne pas, à lui seul, l’explication. Il faut encore l’écouter, consulter et chercher à comprendre ce qu’il essaie de nous dire.
À savoir
Cette page raconte mon expérience personnelle.
Elle ne signifie pas que le Burnout provoque une maladie cardiaque, ni qu’un symptôme physique doit automatiquement être attribué au stress ou à l’épuisement professionnel.
Un même symptôme peut avoir des causes très différentes. Lorsqu’un symptôme apparaît, persiste ou s’aggrave, c’est au professionnel de santé d’en rechercher la cause.






























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